Du Zodiaque Sidéral au Zodiaque Tropique en Astrologie Occidentale et de leur Complémentarité
L'histoire de l'astrologie occidentale est intimement liée à l'évolution de ses cadres de référence célestes. L’une des grandes transitions fut le passage du zodiaque sidéral, basé sur les constellations, au zodiaque tropique, fondé sur le cycle des saisons et le point vernal. Cet article explore l’origine du zodiaque tropique, son adoption progressive en Occident, et la manière dont les astrologues antiques, médiévaux et de la Renaissance utilisaient les deux systèmes pour affiner leurs interprétations.
Les Origines du Zodiaque Tropique : Découverte et Premières Utilisations
La découverte de la précession des équinoxes par Hipparque de Nicée (IIe siècle av. J.-C.) marque un tournant majeur. Hipparque réalise que les constellations ne coïncident plus exactement avec leurs positions d'origine sur l'écliptique en raison d'un déplacement progressif des équinoxes. Ses conclusions s’appuient sur l’observation des solstices et équinoxes, ainsi que sur la comparaison des catalogues d’étoiles mésopotamiens avec ses propres mesures.
Sources historiques et preuves :
Malheureusement, les œuvres originales d'Hipparque, telles que son catalogue stellaire et ses traités sur la précession, ont été perdues. Cependant, des fragments de son travail sont cités par Ptolémée dans l’Almageste. Des textes babyloniens comme les tablettes de Mul Apin mentionnent déjà des observations systématiques qui ont influencé Hipparque. Plus récemment, la découverte d’un palimpseste en 2022 (Codex Climaci Rescriptus) semble confirmer certaines des méthodes utilisées par Hipparque pour mesurer les positions des étoiles.
Hipparque propose donc une division du zodiaque en 12 segments égaux de 30°, non plus basés sur les constellations, mais alignés avec le cycle des saisons à partir du point vernal (0° Bélier). Ce système est l’embryon du zodiaque tropique.
Des Fondements de la Tétrabible à la Renaissance
C’est Ptolémée (IIe siècle apr. J.-C.) qui, dans son Tétrabiblos, établit définitivement le zodiaque tropique comme cadre standard en astrologie occidentale. Il y décrit les signes non comme des représentations des constellations, mais comme des divisions symboliques de l’écliptique en relation avec les saisons. Cette approche repose sur une logique naturaliste :
« Ce n'est pas à cause des étoiles que les signes influencent le monde sublunaire, mais à cause de leur position par rapport au Soleil, à la Lune et à la Terre. »
(Tétrabiblos, Livre I, Chapitre 10)
Ptolémée rejette explicitement l'idée d’un zodiaque fixe lié aux étoiles, affirmant que les influences astrologiques sont dynamiques et saisonnières.
Astrologues grecs de l’Antiquité :
Même après Ptolémée, les astrologues grecs continuent d’intégrer des références au zodiaque sidéral, notamment pour les étoiles fixes. Ces dernières jouent un rôle important dans des interprétations spécifiques, comme en astrologie mondiale ou dans les pronostics d'événements célestes rares. Les étoiles fixes étaient souvent observées par leur longitude tropicale, tout en tenant compte de leur décalage sidéral dû à la précession des équinoxes.
Astrologues arabes (VIIIe-XIIe siècles) :
L'astrologie arabe, héritière des traditions babylonienne et grecque, intègre les deux zodiaques de manière complémentaire. Abu Ma’shar (787–886), par exemple, utilise le zodiaque tropique pour les calculs planétaires et les thèmes natals, mais conserve les étoiles fixes comme repères sidéraux. Dans son ouvrage Les Grandes Conjonctions, il s’appuie sur les étoiles pour analyser les cycles historiques.
Le savant Al-Battânî (858-929) précise également :
« Les étoiles fixes se déplacent lentement sur l'écliptique, mais leurs influences restent essentielles pour comprendre les grands bouleversements. »
Du Moyen-Âge Classique puis Tardif à la Renaissance :
Avec la traduction des textes arabes en latin à partir du XIIe siècle, les astrologues européens héritent de cette double approche. Thomas d’Aquin, dans ses commentaires, considère les étoiles fixes comme des marqueurs divins pour des événements d'ampleur mondiale, tandis que le zodiaque tropique sert à interpréter les thèmes personnels.
À la Renaissance, Jérôme Cardan (1501-1576) réconcilie ces deux traditions dans ses écrits. Dans son Commentaire sur le Tétrabiblos, il écrit :
« Les étoiles fixes, bien que hors des limites des signes, révèlent des secrets que les planètes, seules, ne peuvent montrer. Leur position, quoique mouvante, guide les grandes décisions. »
De même, Marsile Ficin (1433-1499), profondément influencé par le néoplatonisme, utilise les étoiles fixes comme des points spirituels de méditation out en s’appuyant sur le zodiaque tropique pour structurer ses interprétations et conclusions.
Tropicale et Sidérale, les Deux Approches se Complètent
Précession des équinoxes et ajustements :
La reconnaissance de la précession des équinoxes impose aux astrologues une vigilance constante. Bien que le zodiaque tropique soit adopté pour les cartes astrologiques, les étoiles fixes continuent d’être observées selon leurs positions sidérales. Cela permet d’enrichir les interprétations, notamment dans les domaines suivants :
Astrologie mondiale : Conjonctions planétaires avec des étoiles fixes pour prédire des événements historiques.
Astrologie médicale : L’influence spécifique des étoiles sur certaines parties du corps.
Par exemple, Aldébaran, dans la constellation du Taureau, est fréquemment cité pour sa puissance symbolique liée à l’image totem de ce grand archétype qu’est l’animal “taureau”, même lorsqu’elle ne coïncide plus avec le signe tropical du Taureau.
L’histoire de l’astrologie occidentale révèle une tension créative entre tradition et innovation. Si le zodiaque tropique s’impose progressivement comme la norme pour les calculs astrologiques, les étoiles fixes issues du zodiaque sidéral continuent de jouer un rôle clé dans l’affinement des interprétations.
En adoptant le zodiaque tropique, les astrologues ont ouvert la voie à une approche plus symbolique et saisonnière de l’astrologie, sans pour autant abandonner la connaissance du sidéral. Comme le souligne Jérôme Cardan :
« L’astrologie n’est pas figée ; elle est le reflet d’un cosmos en mouvement, où chaque étoile, chaque signe, participe au grand ballet céleste. »
Notons à toutes fins utiles, que, sans le travail de redécouverte et de traduction, de Denis Labouré et Pépita Sanchez en France, le colossal projet Hindsight à la fin du XXème siècle emmené par les “3 Bob” ou le travail plus récent de Benjamin Dykes et de ces traductions depuis l’arabe notamment de textes fondamentaux (laissés de côté car traduit sur le plan historique et littéraire depuis le Latin ou le Grec mais sans connaissance de l’astrologie de la part des auteurs), bref sans tout ce travail plus récent, et citons également Chris Brennan qui œuvre beaucoup pour faire connaître l’approche hellénistique de l’astrologie, et également Deborah Houlding, l’état de la pratique de l’astrologie serait resté désastreux et grotesque comme un stand “boule de cristal” dans une fête foraine.
Liens :
Project Hindsight - https://projecthindsight.net/
Benjamin Dykes & Cazimi Press - https://bendykes.com/
Deborah Houlding - https://www.skyscript.co.uk/
Denis Labouré - https://academie-astrologie.com
Chris Brennan - https://www.chrisbrennanastrologer.com/